Présentation

Expo Baume-les-messieurs

Exposition en l'église abbatiale
de Baume-les-messieurs (39)
pour  le 1100e anniversaire
de la fondation de  l'abbaye de Cluny (71)


Communiqué de presse

Images aléatoires

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Textes édités


















Rebuts rébus                                                                                         25 septembre 2008 3h 30

 

 

C’est ainsi que naquit le premier paquet d’art

Le 13 mai 1989

D’une destruction par le feu :

J’ai conservé les cendres dans une urne,

Pèle mêle des dessins d’enfance

Un cahier à spirale dont quelques feuilles furent épargnées

Et des travaux plus récents.

C’est au moment où je choisis un de ces derniers

Sur bois

Trop grand pour l’âtre de la cheminée

Qu’il me fallut le rompre.

En deux, en quatre, en huit puis en seize.

Cette fragmentation

Mit fin à l’anéantissement par les flammes.

Elle m’en rappela, une autre :

Celle de l’hostie et le partage du pain

Une première reconversion

Une première communion.

L’idée me vint de les empiler

Du plus grand au plus petit

Comme un jeu d’enfant

Sous forme d’une pyramide instable

Que je dus ficeler.

L’objet ainsi fabriqué

Semblable à un peson

Équilibre et jugement à la fois.

Il y en eut beaucoup d’autres depuis

Amoncellement, échantillonnage

Pour des vœux partagés

« Ce n’est qu’un détail, mais ça peut vouloir dire beaucoup »

Parfois soudés par la colle

Ou liés à la peinture,

Ou trempés directement dans un pot

Ou repeints aussi.

Les destructions devinrent passagères,

Les paquets grossirent,

Furent de plus en plus volumineux.

Toutes ces déchirures

Comme autant de blessures

De colères aussi

Empaquetées, emballées,

La peinture repliée sur elle-même,

Comme des colis piégés

Pour des destinations ennemies refoulées.

La consigne est de ne pas les ouvrir.

Ne pas l’ouvrir, on la ferme.

Les amis bien sûr ne respectent pas la règle,              

Ils veulent savoir ce qu’ils renferment.

Un jour, suite à un déménagement

Un paquet s’éventra

Et les images ressurgirent

Avec le liseré blanc de leur déchirure.

Une première résurrection

Dans « emboîte-moi le pas ».

Puis à des moments perdus

Comme on recycle le pain

Les morceaux furent retaillés à angle droit.

Commença une collection d’images,

Les brisures conservées et mises en botte, en attente.

Le temps passa

Avec encore plus de travaux mis sous plis

Qu’il n’y eut d’automnes.

Puis un jour, il y eut ce transfert de fonds

De ces petites coupures vers un ailleurs.

Un ré inventaire abyssal

Consigné dans un cahier

C’est là que débuta la série « il y a de beaux restes ».

Mes petits bonhommes, en surimpression

Revisitant ma peinture, là où je l’ai laissée,

Lui donnant une seconde chance.

Je commençai à recoller les morceaux,

À reconstituer l’histoire.

J’allais oublier l’Histoire.

Avec ce premier passage

De la première guerre du Golfe

Avec cette goutte d’or, offerte par un ami

Retraçant sur de petits format déjà sauvés des eaux

Les bombes et leurs cicatrices chirurgicales

Les dégâts collatéraux de « Guère c’est déjà trop ».

Il y eut aussi « ce qu’il en reste »

Une série de six toiles

Rebaptisées du nom des provinces yougoslaves

Qui suivirent le feu de l’actualité,

Passant de déchirures en réécritures

Pour finir assemblées sur une bande horizontale

Comme une ligne supplémentaire

Rompue en deux

Rafistolée par une ficelle,

Un cordon

De dynamite ou humanitaire ?

Puis il y eut les tours

Les deux tours, celles du onze neuf

Et ces petites vignettes de petits bonhommes

Décollées, jour après jour, comme un éphéméride

Effaçant le temps, plus de 1200 jours après ;

Puis la déchirure du support

La réécriture encore

Comme autant de façons de conjuguer le sort

De « Ce qu’il reste d’humanité ».

Tout ça m’amène jusqu'à vous aujourd’hui

Où l’écrit prend sa place, toute sa place

Retraçant l’expérience

Jalonnée de ces mini stèles du souvenir

De ces bornes milliaires de pas franchis

De ces ex-voto évocateurs

De ce dernier empilement

Dans une caisse en bois de récupération

L’emballage d’une borne d’incendie.

Il y a le feu

Il y a la vie

Je choisis la vie.

La vie avec ces encombrements,

Ces fardeaux, ces rebuts

Rébus de notre insconcience

Qui me portent à croire

Aux restes mis de côté

Au rejet, comme la pierre angulaire

Nécessaire aux bâtisseurs

Échafaudant la pratique

Étayant le propos

Entaillant le vif du sujet.


Publié in le Croquant N°59/60

Homo detritrus du rejet au projet

page 41-43 ISBN 0984-8185       http://www.le-croquant.com/

 

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