La relève
21 mars 2009 2h25
Certes ce n’est pas cette ville
Qui l’a vu naître.
À ce moment là, elle était bien trop jeune
Bien trop frêle de ses fondations.
La préoccupation en ce temps
Provisoire de paix
Était plus tournée vers l’art de la guerre
Qu’à la reconnaissance d’une naissance,
Trop de plaies à panser.
Ce qui n’était alors qu’un village
Garde encore quelques traces de cette histoire
Mais la page est tournée, le camp désaffecté.
À relire de ce qui vient de ce passé
Sans retenue aucune,
On comprend bien que ce qui nous reste
Ne provient pas de ceux happés,
Brutalement et cruellement par la guerre,
Mais de ceux qui ont construit autour
Pour les ravitailler, les assoiffer, les coiffer aussi.
C’est dans ce monde, tout ici rassemblé,
Venant de toute part, au milieu de ce campement
Qu’est né ce garçon.
Bien d’autres naissances ont eu lieu
Mais celle-ci est bien plus illustre.
Le petit bonhomme a traversé la place de la mairie
Dans sa diagonale pour se rendre à l’école.
Il a vu les baraquements du camp
Il a vu son père revenir de la guerre
Il a vu les casiers des œufs du grand-père, coquetier.
De tous ces alignements, on peut retrouver la trace
Dans les actes écrits qui accompagnent sa vie,
Mais on peut aussi les percevoir dans ce que lui, a laissé :
Une trace en peinture
Dont le vide effraie parfois, ce vide qui est notre plein.
Trop plein de souffrances dans un monde à l’agonie
Trop plein des souffrances des êtres chers perdus.
Il nous invite sur cette table rase
Par le vertige qu’elle provoque
À reconstruire, en quelques lignes
En quelques signes
Le monde de demain.
Plus qu’une date, qu’un général
Ou un fait de guerre à retenir
Voici un espace de paix intérieur
Qui peut, bien plus que ce passé
Et ces silences faire bonne figure,
À condition de ne pas rater la chance de cet héritage.
Il était de ce village, Sathonay Camp
Jean DEGOTTEX.
Il est encore temps de le reconnaître
Moins de cent ans plus tard
Mémoire à faire savoir.